Kursk K-141

Koursk K-141

Jean-Michel Carré, dans un film extraordinaire, démonte les mensonges de la version officielle.

Le film de Jean-Michel Carré, «Koursk, un sous-marin en eaux troubles», s’inscrit dans la case Histoire vivante.  Après trois ans de tournage et d’investigation, Jean-Michel Carré livre un document explosif, où il apparaît que la vérité a sombré avec un sous-marin, le 12 août 2000, dans la mer de Barents.

Interview du réalisateur

Cela va peut-être vous surprendre, mais pour ma part, quatre ans après le naufrage du Koursk, j’en étais resté à la version officielle: une torpille défectueuse avait explosé à l’intérieur du sous-marin…

Jean-Michel Carré: – Non, cela ne m’étonne pas du tout, parce que la version officielle s’est progressivement imposée. Les quelques films qui ont retracé l’histoire du Koursk n’ont pas pu accéder aux données qui auraient permis une investigation plus poussée.

D’après vous, l’explosion à bord du Koursk n’est pas due à une torpille qui fonctionnait selon l’ancienne technique du peroxyde d’hydrogène…

– Non, cette hypothèse a été avancée par les Anglais, et notamment par un expert du Ministère de la défense, Maurice Stradling, qui avait fait le rapprochement entre le Koursk et le Sidon, un sous-marin anglais qui fonctionnait au peroxyde d’hydrogène et qui avait explosé en 1955, faisant quatre ou cinq morts. Mais lorsque Stradling a vu notre film, il était d’accord pour dire que le naufrage du Koursk n’avait rien à voir avec le peroxyde d’hydrogène. Comme quoi, l’investigation journalistique peut contredire un expert.

Missile Shkval

Quelle est cette mystérieuse torpille Shkval qui est au coeur de la tragédie du Koursk?

– Les Russes sont passés maître dans le procédé de la supercavitation et ils ont réussi, voici une quinzaine d’années, à développer une torpille extraordinaire, le Shkval (ce qui veut dire requin en russe). Cette torpille est capable de filer à 500 km/h contre 60 km/h pour une torpille ordinaire. Il faudrait parler d’un missile plutôt que d’une torpille! Autour du Shkval se forme une enveloppe de gaz qui supprime quasiment les forces de frottement. Et le Koursk était équipé de Shkval. En août 2000, Vladimir Poutine, qui avait été élu quelques mois plus tôt, décide d’engager la fierté de la nation dans les manoeuvres de la marine russe en mer de Barents. Il invite des observateurs chinois à assister aux démonstrations d’un nouveau modèle de Shkval.

Quel est le problème?

– Les services de renseignement occidentaux apprennent que les Chinois s’intéressent au Shkval. A partir de ce moment, une armada converge vers la mer de Barents pour espionner ces manoeuvres russes: dans ces eaux, on compte deux sous-marins américains, le Memphis et le Toledo, un sous-marin nucléaire britannique, un navire d’intelligence de l’OTAN, un bateau norvégien d’espionnage, tout ça sous l’oeil de satellites! Pour les Occidentaux, l’enjeu de ces manoeuvres est simple: il ne faut pas que les Chinois acquièrent la torpille Shkval et créent un nouveau rapport de force dans le Pacifique.

Que se passe-t-il au cours de ces manoeuvres qui intéressent tellement les Occidentaux?

– L’un des deux sous-marins américains, le Toledo, approche du Koursk pour faire savoir aux Russes la détermination des Etats-Unis: il ne faut pas que le Shkval tombe en mains chinoises. L’ennui, c’est que la mer de Barents se situe au-delà du cercle polaire: des interférences magnétiques viennent compliquer le travail des sonars. De plus, la mer de Barents est peu profonde: pour un sous-marin de la taille du Koursk, 154 m de long, cela devient difficile à manoeuvrer (le Koursk coulera par 108 m de fond, réd).

Résultat: le Toledo heurte le Koursk. Le Toledo est abîmé, il doit fuir. A bord du Memphis, qui s’est approché pour protéger la fuite du Toledo, les hommes comprennent, au bruit, que le Koursk est en train d’amorcer un Shkval. Ils se disent que si les Russes tirent, ils sont perdus. Alors, le Memphis devance le Koursk et balance sa torpille. Dans un rapport officiel, l’amirauté russe a noté qu’une masse de 8000 à 9000 tonnes se trouvait dans l’immédiate proximité du Koursk. Or, de 8000 à 9000 tonnes, c’est exactement le tonnage du Memphis et du Toledo.

Kursk K-141

Le Memphis a donc torpillé le Koursk…

– Oui, il a tiré une torpille de type MK48. Plusieurs indices viennent prouver cette hypothèse. D’abord, la MK48 est traitée à l’uranium appauvri, selon une technique déjà employée par les Américains dans la première guerre du Golfe. Or, quelques jours après le naufrage du Koursk, une équipe de sauveteurs anglais est remontée avec de la radioactivité.

Tout le monde a pris peur en croyant que le réacteur du sous-marin avait une fuite. En réalité, cette radioactivité était due aux résidus radioactifs laissés par ce type de torpille. Ensuite, une fois que l’épave du Koursk a été renflouée, l’impact de la torpille MK48 est parfaitement visible: un rond très net. L’expert anglais Maurice Stradling a été formel: il n’y a qu’un projectile à l’uranium appauvri pour laisser une marque pareille dans un blindage, la MK48 est entrée dans la double coque du Koursk comme dans une boîte de conserve.

D’ailleurs, les Russes comprendront bien vite que l’épave est révélatrice et ils interdiront aux télévisions de filmer le côté droit du Koursk. Enfin, l’hebdomadaire russe Versiya avait révélé que les débris d’une MK48 avaient été trouvés non loin du Koursk.

Est-ce que les sismographes confirment cette version de l’accident?

– Bien sûr. Les sismographes ont relevé deux secousses, à 2’15 d’intervalle. La deuxième secousse a été enregistrée par les sismographes du monde entier. On peut la comparer à une petite bombe atomique. Elle correspond à l’explosion de plusieurs Shkval dans la chambre des torpilles du Koursk.

De la Guerre froide à la Paix froide

 

Dans le film, vous dites qu’avec le naufrage du Koursk, «le monde n’est pas passé loin d’une troisième guerre mondiale»…

– L’expression est un peu exagérée. Mais c’est vrai qu’un tir de torpille contre un sous-marin est un acte de guerre. Au moment de la première collision, lorsque le Toledo a heurté le Koursk, les Russes ont fait décoller deux chasseurs-bombardiers chargés d’armes nucléaires. Dans un texte qui est resté seulement quelques heures sur le site internet de la Pravda, le 22 août 2000, les auteurs parlaient d’une éventuelle troisième guerre mondiale: «Pendant plusieurs jours, écrivaient-ils, le monde n’a tenu qu’à un fil et un faux pas politique aurait pu conduire à un échange de frappes nucléaires.»

Si la guerre n’a pas éclaté, c’est parce que Poutine et Clinton ont voulu sortir diplomatiquement de la crise. C’est vrai que 118 marins sont morts dans la mer de Barents, mais chaque année, sans parler de la Tchétchénie, 2000 soldats russes meurent. Le naufrage du Koursk montre que Poutine et Clinton ont agi en chefs d’Etat responsables.

Dans les semaines qui suivirent l’accident du Koursk, les Etats-Unis abolissent une dette russe…

– Et ce n’est pas tout: ils abolissent cette dette et ils accordent un prêt de 1,5 milliard de dollars à la Russie. Sur le plan militaire, Bill Clinton abandonne le projet de bouclier antimissile. Et quelle est l’entreprise qui vient aider à remonter les corps des marins du Koursk? C’est Halliburton, dont le directeur n’est autre que Dick Cheney, futur vice-président des Etats-Unis. A partir de là, on peut se demander si les Russes ont eu besoin de payer les services d’Halliburton?

La Guerre froide n’est-elle pas terminée?

– Je parle de Paix froide: les deux camps continuent de s’espionner, de voir les nouvelles techniques que chacun développe au cas où… Car maintenant, il y a l’émergence de la Chine. L’année dernière, la Chine a envoyé son premier homme dans l’espace. Tout le monde a salué cette performance, mais en réalité les Occidentaux sont effrayés par la vitesse à laquelle les Chinois ont rattrapé leur retard. »

Ce qu’il y a d’effrayant aussi, c’est l’aspect de cette guerre sous-marine que vous évoquez…

– USS117, M256, USS Scorpion, USS Grayling, Karelie, Kosmolets… Voici quelques noms de sous-marins qui tous ont disparu pendant la Guerre froide. Les sous-marins sont devenus les armes les plus dangereuses. Aujourd’hui, un sous-marin de la dernière génération peut descendre à 1000 m de profondeur, il peut rester trois ou quatre mois sous l’Arctique. En quelques heures, un sous-marin américain peut être en Russie et vice versa. Les sous-marins sont porteurs d’armes terribles: le Koursk, par exemple, était équipé de 24 missiles Granit et chaque missile Granit représente une puissance de 40 fois Hiroshima! C’est de la folie furieuse! Il faut savoir que les Russes disposent de sous-marins gros comme un porte-avion, les Typhoons. Chaque Typhoon a la capacité de détruire l’ensemble des Etats-Unis.

Les Russes ont six Typhoons.

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